A bas l’intelligence, vive l’argent ! *

By Christophe Certain. Filed in politique  |  
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Quand on parle de “fascisme” en France on pense tout de suite à l’Italie mussolinienne, qui elle-même est associée au nazisme hitlérien, ce qui fait que quand on traite un gouvernement de “fasciste”, on se voit tout de suite taxer de caricaturiste outrancier, oublieux de l’horreur nazie.
Pourtant, le fascisme a eu d’autres bourgeons infâmes, dont le plus proche de nous est la dictature franquiste espagnole.
Après les horreurs de la guerre civile espagnole, Franco a maintenu le pays sous sa botte jusqu’au milieu des années 70. Les ennemis du régime étant morts ou enfuis, le pays est resté figé pendant 40 ans. Le peuple, maintenu dans une misère crasse, était pris dans une tenaille dont les deux pinces étaient l’armée et l’église, pendant que la bourgeoisie franquiste étalait sa fortune dans les palaces de marbre et bois précieux de la côte asturienne.
Plus de massacre de masse, mais une intimidation au quotidien, qui obligeait chacun à vivre dans une auto-censure permanente, et à supporter la misère en silence.
Si je rappelle ces faits de l’histoire toute proche, c’est parce que je pense aujourd’hui qu’avec Nicolas Sarkozy “tout est possible”, comme il le disait fort justement pendant sa campagne présidentielle, et “même le pire”, ajouterai-je.
Nous avons vécu jusque dans les années 80 dans l’illusion que le traumatisme de la deuxième guerre mondiale avait causé un changement indépassable dans la société humaine, et que, la guerre froide s’estompant, le futur était débarrassé à jamais de la dictature et de la guerre, les problèmes étant maintenant limités au chômage et à la “guerre économique”, une guerre par économistes interposés, qui ne nous empêchait pas malgré tout de boire un coup et de partir en vacances.

C’était oublier un peu vite que la deuxième guerre mondiale était issue de causes sociales et économiques, qui avaient fait qu’en ces temps troublés, des aventuriers sans scrupules avaient été élus dans des démocraties européennes - avec l’aide de puissants groupes industriels et financiers - avant d’en prendre le contrôle, sans que les démocrates de l’époque ne puissent l’empêcher (il ne faut jamais oublier ça).

Une dictature en France ? Allons donc !
La dépression qui s’annonce maintenant chez nous, et dont nous ne sommes encore qu’au tout début, faut-il le rappeler, nous place dès aujourd’hui face à un nouveau péril pour la démocratie, qu’on ne peut comparer, au vu de son ampleur, qu’avec celui des années 30.
L’état va devoir faire face à une situation sans équivalent depuis : des millions de chômeurs, des entreprises en faillite, un système financier menacé par la banqueroute, et aucune perspective crédible à l’horizon, car les emplois de plus en plus qualifiés qui continuent en masse à quitter le territoire pour l’Asie et ailleurs ne reviendront pas ici, tout simplement parce que la “logique” économique actuelle rend ce retour impossible au nom de la rentabilité.
Il faudrait donc aujourd’hui, pour avoir une chance de s’en sortir, esquisser une prise de conscience historique, et envisager rien moins que la fondation d’une nouvelle société, avant que celle dans laquelle nous vivons actuellement ne s’écroule tout à fait.

Or, rien de tout cela à l’horizon. Le gouvernement ne propose rien d’autre que d’accélérer les réformes (terme qu’on peut remplacer par celui plus compréhensible de “régressions sociales”), et ne sort de l’argent que pour les banques, quand aujourd’hui, dans ce pays, des gens de plus en plus nombreux vont récupérer les marchandises périmées dans les poubelles des supermarchés pour les manger.

Peut-on croire que les gens qui nous gouvernent fassent à ce point preuve d’ingénuité voire de stupidité pour qu’ils découvrent seulement aujourd’hui l’ampleur de la catastrophe ? Ce serait bien étonnant, et de nombreuses sources annonçaient la fin de la partie depuis au moins deux ans.

Il est vrai que j’ai pris comme hypothèse sous-jacente que Nicolas Sarkozy était un démocrate, et qu’il prenait donc des décisions pour assurer le bien-être du plus grand nombre. Et c’est effectivement pour le plus grand nombre qu’il y a urgence. Les amis de Nicolas Sarkozy, les Bolloré, Bouygues, Dassault et consorts ne craignent pas la tempête, les grands requins n’ont pas peur des naufrages.

Imaginons maintenant le côté sombre, imaginons - comme pure hypothèse bien sûr - qu’un aventurier sans scrupules, ébloui par l’argent, se soit fait élire à la tête de notre pays grâce à l’appui d’industriels, de patrons des médias et de financiers, à charge pour lui de les laisser ensuite se payer sur la bête.
Il sait que le pays va à la catastrophe, que le chômage et la misère vont exploser, lui et tous ceux qu’ils l’ont conduit là le savent.

Que ferait donc cet homme ? Il commencerait par remercier ses mécènes en votant des lois qui leur permettent de gagner plus d’argent, de payer moins d’impôts, de ne plus être embêtés par les “affaires”, et de mettre la main sur tout ce qui peut être rentable dans ce qui reste de l’état.

Dans un second temps, il viderait la démocratie de sa substance en court-circuitant les élus et le gouvernement, en muselant l’opposition, et prendrait toutes les décisions lui-même, avec un aréopage de conseillers de l’ombre servilement dévoués. Il mettrait la justice et les medias publics à sa botte, pour qu’enfin l’état tout entier lui soit inféodé.

Ensuite il attaquerait directement, tenterait de soudoyer, discréditer ou déstabiliser tous ceux qui seraient susceptibles de menacer son emprise sur le pays : journalistes, penseurs, chercheurs,syndicalistes, agents au service de l’état, d’une manière générale tous ceux qui osent avoir une pensée critique et aspirer au bien commun.

Ensuite il continuerait d’alimenter ses amis avec l’argent de l’état, de distribuer des prébendes, sans lever le petit doigt pour résoudre les malheurs de la plus grande majorité de la population.

Il suffirait enfin d’attendre que la juste colère sociale, attisée par le mépris de ses gouvernants, prenne de l’ampleur, qu’il y ait de la casse, des incendies, des victimes, des pillages de grandes surfaces, que fort opportunément des attentats surviennent pour alors décréter l’état d’urgence, la suppression des dernières libertés individuelles qui restent et sonner la fin de la récréation pour ceux qui pensaient encore qu’on était en démocratie…

Je laisse chacun faire les comparaisons qu’il jugera opportunes. Dire qu’il ne peut pas y avoir de dictature dans une démocratie comme la France c’est oublier ce qui s’est passé en Allemagne et en Italie il n’y a pas si longtemps, dans des circonstances étrangement comparables. La vraie personnalité des gens se révèle parfois à l’occasion de circonstances exceptionnelles.
Comme je le disais dans mon préambule, imaginer une dictature fasciste ne passe pas forcément par l’holocauste et la mort de millions de personnes. Cela passe par une intimidation au quotidien, qui oblige chacun à vivre dans une auto-censure permanente, et à supporter la misère en silence.

* Détournement de la célèbre réplique “Abajo la intelligencia! viva la muerte!” vociférée en 1936 par le
général franquiste Millán Astray en réponse à un discours de Miguel de Unamuno, recteur de l’université de Salamanque

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