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De l’internet et de l’information

Mercredi, février 4th, 2009

Avant internet nous avions des certitudes en lisant les livres d’histoire et les encyclopédies où la réalité était là, rassurante et répondant à (presque) toutes les questions que nous nous posions.
Internet a permis à l’humanité de sortir de sources d’informations uniques et arrangées suivant les versions officielles. Il suffit par exemple d’aller en Espagne pour lire les plaques commémoratives des massacres épouvantables commis par Napoléon là-bas. Il a ruiné et décimé la France, il a causé la mort de centaines de milliers de personnes en Europe, et on le considère encore ici comme un héros, alors que c’est un criminel de grande envergure. Villepin lui a même consacré un ouvrage, ce qui en dit long sur le formatage de nos dirigeants. Ce n’est pas du conspirationnisme, c’est de l’histoire.
On oublie trop que les gouvernements qui nous dirigent (ici et ailleurs) vivent essentiellement sur le mensonge. Il suffit de repenser aux promesses de campagne de notre président ou au fait que les Etats-Unis aient envahi l’Irak d’après des arguments qui se sont avérés être des inventions purs et simples, bricolées par les services américains et anglais. Bizarrement on parle rarement de ça dans les medias. C’est comme si c’était normal de gouverner par le mensonge. Encore une fois je ne parle pas de sujets portant à caution, mais de réalités que tout le monde peut vérifier.(Je peux développer)
Maintenant si les gens qui nous dirigent mentent sur des sujets que l’on peut aisément vérifier tous les jours, pourquoi nous diraient-ils la vérité sur des sujets où les informations nous sont intentionnellement cachées ?
C’est un bon point de sortir d’une vérité unique, mais le problème aujourd’hui est que l’on accède à toutes les informations qui étaient recluses précédemment dans des cercles restreints. Réalités mais aussi mythes, propagandes et autres fantaisies. Le problème aujourd’hui n’est plus d’avoir l’information mais de pouvoir donner un crédit à une information, et parmi des sources divergentes essayer de cerner la vérité, à supposer qu’elle existe.
Je crois qu’aujourd’hui on ne peut plus accéder à une vérité unique mais plutôt à un réalisme fantastique et baroque à la mode sud-américaine dans lequel tout est plus ou moins possible et où la réalité prend une intensité telle qu’elle transcende la banalité du quotidien. Pour ceux qui ont connu Actuel dans les années 80 ou le bref journal “Le jour” à Paris au début des années 90 il y avait un peu de cet état d’esprit d’une réalité hors média, hors AFP, une réalité sidérante qui disait que la vie vaut la peine d’être vécue.
Je crois qu’internet voit l’émergence d’un nouveau genre littéraire (je suis très sérieux) qui mêle le réel, le probable, le possible et la légende, et que faute de mieux nous lisons cela en imaginant, imbus de notre héritage descartien, que nous pouvons nous faire notre propre jugement.
En fait on accède aujourd’hui à une réalité “quantique” dans la mesure où ce que l’on prenait pour une vérité avant devient une potentialité de réalité, elle peut exister, elle peut être différente et elle peut prendre mille formes différentes. D’une cible bien nette nous passons à une vision floue et insaisissable, fuyant le doigt qui l’approche. C’est le prix à payer pour sortir de la rassurante réalité.
Mais l’homme ne peut vivre d’incertitudes, car l’impossibilité de décision entraîne l’impossibilité de mouvement, qui entraîne la fin de la vie. Il nous faut donc nous faire un avis ou choisir d’abandonner la pensée et la vie, ce qu’ont déjà fait ceux qui, comme dans Platon, préfèrent croire à l’illusion des ombres projetées dans le fond de la caverne, plutôt qu’à la réalité du dehors. (Et Platon avait écrit ça avant l’invention du cinéma et de son dérivé la télévision, ça laisse rêveur)
Dans ce nouvel univers d’information du web, frais, revigorant, mais à la réalité incertaine, nous devons nous frayer un chemin, éviter les pièges, et oser nous faire notre propre opinion, pour ne pas dire dans 20 ans “nous ne savions pas”.