Guadeloupe : au dessous du volcan social
Dimanche, février 15th, 2009Il va être particulièrement intéressant de suivre de près les évènements en Martinique et Guadeloupe dans les prochains jours, car l’issue de la crise antillaise risque fort de présager de la façon dont va être traité le conflit social en France métropolitaine.
Pour l’instant, dans le conflit des Antilles, Sarkozy a joué le pourrissement, en tablant sur le fait qu’après une longue grève sans résultat, les braves veaux que sont les Français abandonneraient le terrain de la lutte et rentreraient sagement chez eux. Jégo a été missionné sur place pour tenter de noyer le poisson, mais comme le poisson était coriace on lui a adjoint deux médiateurs (amusante trouvaille que ces médiateurs, qui semblent signifier par leur nom que le gouvernement et le peuple ont des intérêts antagonistes !) et comme cela ne suffisait toujours pas on parle maintenant d’un conseil interministériel dédié au problème. Que d’efforts et d’air brassé pour ne rien faire, pour ne surtout rien céder et ne pas donner de folles idées aux travailleurs de métropole qui s’engouffreraient dans la brèche d’une augmentation de salaire de 200 € !
Depuis presque un mois que dure la crise, Nicolas Sarkozy n’a donc strictement rien fait de sérieux pour régler ce problème. Il a trouvé le temps d’aller faire le matamore en Irak et dans les Landes après la tempête, mais n’a pas eu la présence d’esprit d’aller aux Antilles, ni même d’en parler dans sa dernière allocution télévisée. Pas un mot sur le sujet ! Mais paraît-il - Jégo dixit - s’il n’en a pas parlé c’est “parce que les journalistes ne lui ont pas posé la question”. A ce stade ce n’est plus de l’oubli c’est de la conscience professionnelle !
Malheureusement pour Nicolas Sarkozy, toutes ses tentatives méritoires pour ne pas traiter le dossier ont échoué, et l’incendie, loin de s’arrêter, s’étend dangereusement, à la Martinique et à la Réunion. Et il y a fort à parier que les manifestations jusque là pacifiques vont finir par prendre une tournure insurrectionnelle, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer.
C’est à ce moment que nous allons savoir quel avenir nous réserve l’omniprésident Sarkozy, car il sera bien alors obligé de prendre des décisions concrètes. Passé un certain stade de mobilisation, il ne reste que deux solutions pour retrouver le calme : soit Sarkozy perd la face et cède sur toute la ligne aux manifestants, ce qui donnerait un coup d’arrêt fatal à ses réformes et à sa crédibilité, soit il choisit de régler le problème par la force brute, et la frontière de plus en plus ténue qui sépare la démocratie française d’un régime autoritaire sera franchie.
Margaret Thatcher, qui est l’un des modèles avérés de Nicolas Sarkozy, a de cette façon brisé les syndicats anglais et fait passer des réformes qui réduisaient à néant les acquis sociaux des travailleurs. Mais les Français sont moins fair-play que les Britanniques, et il n’est pas sûr que la méthode donne les mêmes résultats ici.
Nous avons eu bien sûr mai 1968, mais si l’on remonte juste un peu plus loin, nous avons également eu le front populaire en 1936, et c’est peut-être le scénario qui se profile à l’horizon. Car ce n’est pas une simple crise de plus. Les salariés qui se serrent la ceinture depuis 1983 et le “tournant de la rigueur” socialiste voient leur niveau de vie baisser de façon constante et sont une nouvelle fois mis à l’amende, pendant qu’ils contemplent le spectacle obscène des oligarques milliardaires, et sont exposés en permanence, de façon obsessionnelle, à l’injonction de consommer.
Au moment où la frustration des français les moins riches est à son comble, on leur annonce maintenant qu’une nouvelle catastrophe arrive, aussi grave que la crise de 29, qui risque de réduire à néant les efforts de toute une vie, l’espérance d’une maison et d’un petit bout de terrain, et finalement de les plonger dans la misère.
Tant que les Français avaient un petit espoir que leur vie et celle de leurs enfants, malgré les difficultés, avait des chances un jour de s’améliorer, ils ont tout supporté. Mais Nicolas Sarkozy a tué cet espoir. Le président du pouvoir d’achat a menti, il s’est planté sur toute la ligne, et se défausse maintenant sur la crise mondiale. Passée la sidération des Français face à la violence des évènements qui s’abattent sur eux de toutes parts, c’est maintenant clairement la révolte qui s’annonce. Comment réagira le président de tous les Français à cette révolte ? C’est ce que devrait nous apprendre bientôt l’évolution de la crise des Antilles.
